Les dossiers du GAPSE - L'enseignement supérieur
L'Université de Chicago à Paris : une situation paradoxale !
"Milton Friedman n'avait sans doute jamais imaginé que l'université de Chicago -
celle qui a formé, dans son sillage, toute une génération d'économistes
libéraux - s'installerait en France. C'est pourtant le choix qu'a fait cette illustre institution
(70 Prix Nobel dont 22 en économie, 13 000 élèves) pour sa première expatriation.
Son Président, Don Michael Randel, inaugurera, vendredi 14 mai, la toute nouvelle antenne parisienne,
opérationnelle depuis septembre 2003."
Article publié dans le Monde le 13 mai 2004 par Virginie Malingre.
De nombreux médias ont rendu compte avec enthousiasme de l'inauguration
à Paris, le 14 mai 2004, d'un établissement, à Paris, de
l'université de Chicago.
Les articles consacrés à cet événement n'ont pas
manqué de souligner la qualité des moyens mis en œuvre, le cadre
agréable (en bordure de Seine, au coin de la rue Thomas Mann, à
300 mètres de la Bibliothèque François Mitterrand), le raffinement
des aménagements (tableaux de Hartung ou de Miro sur les murs…).
Quelle leçon pour l'université publique française et ses moyens parcimonieux !
Cette présentation met surtout l'accent sur des aspects formels.
Elle n'informe pas vraiment les lecteurs des enjeux réels de cette initiative.
Seul le Figaro a véritablement mis l'accent sur les objectifs
poursuivis par l'université de Chicago (article publié le
lundi 17 mai 2004, p. 11, sous la signature de Marielle Court).
Comme souvent dans les médias, l'arbre de la communication cache la forêt de
la stratégie. Il ne s'agit pourtant pas d'un fait divers anodin.
Aux yeux de l'Université de Chicago, la création du "Chicago Center
in Paris" apparaît comme une démarche importante.
Elle devrait permettre
un partenariat actif dans le domaine de l'enseignement supérieur et de
la recherche avec des institutions françaises, parmi les plus prestigieuses :
universités de Paris-IX (Dauphine), de Paris-X (Nanterre), de Paris-VI
(Pierre et Marie Curie), Ecole normale supérieure, Institut des Sciences
Politiques.
L'organisation des cours et des ateliers permettra aux étudiants
américains une véritable immersion dans les milieux universitaires
français. On peut trouver l'exposé des motifs de cette démarche sur
le site pariscenter.uchicago.edu.
La démarche a suscité l'intérêt du gouvernement français,
désireux de promouvoir les relations interuniversitaires
franco-américaines. A ce titre, une subvention d'un million de dollars
a été attribuée à l'université de Chicago,
par le ministère français des affaires étrangères
(convention signée le 11 avril 2001 par François Bujon de l'Estang,
ambassadeur de France aux Etats-Unis).
On trouvera dans le rapport d'activité 2000 du Ministère des
affaires étrangères sur la coopération internationale
et le développement des
précisions sur les conditions d'ouverture de cette subvention.
Pour en savoir plus : Rapport d'activité 2000 du Ministère
L'université de Chicago fait partie des 16 "pôles d'excellence"
retenus par le Ministère des affaires étrangères pour
promouvoir la connaissance de la culture française dans les milieux universitaires
américains : universités de Yale, Princeton, Stanford, John hopkins,
Cornell, New York, Pennsylvanie, Columbia, Northwestern, UCLA, Illinois,
Wisconsin, Duke, LSU…
Cet événement, d'une importance relativement modeste, est
révélateur d'un processus complexe, mêlant de nombreux partenaires,
aux incidences stratégiques non négligeables, dont le citoyen de base
n'a aucune connaissance.
Les médias ne sont pas, en l'occurrence seuls en cause.
Comment expliquer, en effet l'étonnante discrétion dont font
preuve aujourd'hui les
autorités françaises ? D'autant plus que l'événement, dans
une période où les responsables politiques sont à l'affût de toutes
les opportunités en matière de communication, aurait pu être
l'occasion de célébrer l'amitié franco-américaine,
le rayonnement de la culture française, l'ouverture d'esprit des responsables
politiques…
Crainte de faire preuve d'un "pro-américanisme" excessif ?
Répugnance
à faire état de subventions à un organisme
privé étranger au moment où l'on récuse les demandes des
université publiques nationales ?
Refus d'une "valorisation" d'une initiative
du gouvernement Jospin ?
Télescopages entre ministères ?
Ou, plus simplement, incompréhension des enjeux ?
Est-ce le gouvernement français qui a oublié son investissement ou
l'université de Chicago qui a oublié son partenaire?
L'objectif initial (promouvoir la culture française) est-il abandonné ?
Tout cela fait quand même un peu désordre.
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